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Jeux vidéo et sobriété énergétique hivernale : attention danger ?

Les problèmes énergétiques en France sont suffisamment importants pour que l'option de délestage tournant soit désormais prise au sérieux par le gouvernement français. Notre rapport au dématérialisé commence à être critiqué. Ouvrons le débat.

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Le président Emmanuel Macron a appelé à plusieurs reprises ces derniers jours les Français à "être au rendez-vous de la sobriété". Une petite phrase qui annonce la couleur : il va falloir faire de réels efforts pour limiter à tous les niveaux la consommation d'électricité pour éviter ce que l'exécutif redoute, être obligé de mettre en place un délestage tournant, en clair des coupures d'électricité y compris chez les particuliers.

C'est un fait, et les derniers propos de la Première Ministre Mme Elisabeth Borne vont dans ce sens, les coupures d'électricité risquent de devenir une réalité cet hiver si les efforts actuels ne permettent pas de faire baisser la consommation d'au moins 10% et si jamais un épisode d'hiver rigoureux venait à survenir. Alors loin de vouloir faire un titre que certains pourraient qualifier de "putaclic", regardons en face un véritable problème actuel et ouvrons le débat.

Comment en est-on arrivé là ?

32 réacteurs sur les 56 réacteurs nucléaires du parc EDF sont à l'arrêt, soit plus de la moitié de notre production électrique par ce biais. EDF et le gouvernement se renvoie la balle entre mauvaise anticipation des besoins de rénovations et baisse des coûts exigés par l'exécutif, le tout posant des questions sur la qualité des investissements et surtout l'absence réelle de créations de fonds financiers pour entretenir l'ensemble pendant des décennies. Les approvisionnements de gaz ont été impactés par la guerre en Ukraine et même si on nous dit que cela ne représentait plus que 9% de nos importations, ce cumul tombe très mal. Enfin les météorologues redoutent une vague de froid hivernale.

"Nous avons perdu toutes nos marges pour répondre à la demande d'électricité", a averti Xavier Piechaczyk, le président du directoire de RTE (gestionnaire du réseau de transport électrique) vendredi 2 septembre, dans une interview aux Echos.
La Première ministre, Elisabeth Borne, n'a pas exclu le scénario de "délestages tournants". "C'est-à-dire qu'on coupe sur une courte période de moins de deux heures, par quartier", a détaillé jeudi 1er septembre la cheffe du gouvernement au micro de France Inter. Pour y échapper, il faudrait que "la consommation française baisse de 15% aux heures les plus tendues", a évalué Xavier Piechaczyk.

Le principe du délestage tournant

Si pour le moment les efforts sont demandés au niveau des industries, on ne peut pas tout exiger d'eux : protection de l'emploi, inflation des matières premières, hausse des coûts énergétiques, les entreprises sont déjà soumises à rude épreuve en ce moment. Au moins, on pourra imposer une loi mise en place depuis de nombreuses années mais souvent non respectée : coupure des lumières obligatoires des enseignes en dehors des horaires d'ouverture.

Certaines entreprises ne peuvent pas modifier leur fonctionnement.

La procédure est encadrée. Il revient d'abord à chaque préfecture d'établir la liste des sites prioritaires, non délestables. Ils sont définis par un arrêté de 1990 : hôpitaux, signalisation, éclairage, sites industriels qui présentent un enjeu de sécurité... "Par défaut, tous les autres peuvent être intégrés au plan de coupure, précise RTE. Mais parmi ceux-ci, seule une faible partie serait effectivement privée d'électricité".
Voici par une infographie les règles de ce délestage, réalisée par Monecowatt.fr :
Comme on peut le constater, les coupures peuvent arriver le matin mais surtout en fin d'après-midi, ce qui posera des problèmes pour préparer certains repas. Et dans le viseur de certains députés sont clairement pointés du doigt les jeux vidéo, ne comprenant pas pourquoi on privilégie les efforts au niveau des industries au lieu de mettre un peu plus de pression sur les particuliers.


"Pour qu'on puisse jouer à la PlayStation en hiver à 19 heures, on va sacrifier les outils de production. Je trouve ça inacceptable", regrette Raphaël Schellenberger, député du Haut-Rhin et secrétaire général adjoint Les Républicains."On a besoin d'un vrai débat pour savoir qui est prioritaire." indique à nouveau ce député à France Info.
Une critique à ne pas prendre au premier degré, le député n'ayant pas la dent dure contre les joueurs sur console ou PC, mais pointant le fait que nos divertissements numériques nécessitent de plus en plus d'énergie et qu'entre monde du travail et les loisirs, il faudrait faire des arbitrages équilibrés.
Si des délestages devenaient nécessaires, leur répartition dépendrait d'abord des caractéristiques techniques du réseau électrique, assure RTE. "On choisit la zone la plus à même de soulager le réseau", détaille Clément Le Roy, associé en charge de l'énergie chez Wavestone.
Un maillage et des coupures ciblées pas simples à mettre en place car il va falloir traiter sur le même pied d'égalité le citadin d'une grande ville et l'habitant plus isolé du monde rural, tenir compte des particularités du réseau avec des régions en bout de ligne sans grand moyen de productions électriques alternatives et régions au cœur d'en maillage plus dense.

Les serveurs autour des jeux en ligne et les téléchargements de plus en plus nombreux jugés un peu trop énergivores.

Pour être tout à fait exact, le jeu en ligne consomme très peu, car ce sont essentiellement quelques données qui sont véhiculées chaque seconde. Un jeu comme Fornite, même s'il est devenu un peu moins populaire que dans le passé, consomme aux alentours de 100 Mo par heure, les plus gros consommateurs comme Counter-strike tournent aux environs de 250 Mo par heure. Donc ce n'est pas votre petite partie de Splatoon 3 ou une session de Mario Kart 8 qui posera réellement un problème, surtout au regard de la consommation de votre Nintendo Switch. Les joueurs sur gros PC ou PS5 ou Xbox One Series n'ont pas du tout le même impact de consommation que vous.

Mais c'est l'ensemble des usages autour des téléchargements de jeux via l'eShop, avec quelques titres de grosse taille qui impacte notre consommation énergétique. La Switch, de par sa conception, est limitée au niveau de la taille de ses cartouches par une question de coût de production et la plupart des jeux nécessite bien souvent, dès l'achat, d'un téléchargement pouvant se chiffrer en plusieurs Go parfois, pour une mise à jour Day One ou l'installation d'un mode multi non présent sur la cartouche ou tout simplement pour télécharger certaines parties d'un jeu ou certains volets dans le cas de compilation où seul le premier titre est intégralement présent sur la cartouche. Et la plupart des jeux indépendants sont disponibles uniquement par les biais de l'eShop et donc doivent être systématiquement téléchargés.

Si la taille des jeux reste encore mesurée sur Nintendo Switch (même si nous avons quelques jeux qui avoisinent les 32 Go et que le déploiement de Monster Hunter Rise et son extension Sunbreak n'ont pas été indolore en temps de chargement ), la taille des fichiers est beaucoup plus importante sur les autres plateformes, avoisinant régulièrement les 50 Go voire parfois les 100 Go. En cumulant tous les joueurs, l'impact n'est donc pas si négligeable que cela, d'autant qu'il faut alimenter en électricité les serveurs en permanence pour faire fonctionner toute cette économie de contenus de plus en plus dématérialisés. Et il est clair que les innovations poussant à développer un métaverse numérique ne vont clairement pas aider à réduire les dépenses énergétiques.

En 2018, comme le rapportait le journal du CNRS dans un article consacré au grand gâchis du numérique, ordinateurs, data centers, réseaux… engloutissent près de 10 % de la consommation mondiale d’électricité.

« Si l’on considère la totalité de son cycle de vie, le simple envoi d’un mail d’1 mégaoctet (1 Mo) équivaut à l’utilisation d’une ampoule de 60 watts pendant 25 minutes, soit l’équivalent de 20 grammes de CO2 émis », rappelle Françoise Berthoud, informaticienne au Gricad1 et fondatrice en 2006 du groupement de services EcoInfo – pour une informatique plus respectueuse de l’environnement.« Le secteur des nouvelles technologies représente à lui seul entre 6 et 10 % de la consommation mondiale d’électricité, selon les estimations – soit près de 4 % de nos émissions de gaz à effet de serre, assène Françoise Berthoud. Et la tendance est franchement à la hausse, à raison de 5 à 7 % d’augmentation tous les ans. »
Environ 30 % de cette consommation électrique est imputable aux équipements terminaux – ordinateurs, téléphones, objets connectés –, 30 % aux data centers qui hébergent nos données et, plus surprenant, 40 % de la consommation est liée aux réseaux, les fameuses « autoroutes de l‘information ».
« Beaucoup de gens pensent que les réseaux sont des tuyaux « passifs », mais ils sont constellés d’antennes et de routeurs, les aiguillages de l’Internet », explique Anne-Cécile Orgerie, chercheuse en informatique à l’Irisa (Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires). Tous ces équipements sont très gourmands en énergie : un simple routeur consomme 10 000 watts (10 kW), un très gros data center frise carrément les 100 millions de watts (100 MW), soit un dixième de la production d’une centrale thermique ! « Un processeur, c’est comme une résistance. Presque toute l’électricité qu’il consomme est dissipée en chaleur, détaille la chercheuse. C’est pourquoi, en plus de consommer de l’énergie pour faire tourner ses serveurs, un data center doit être climatisé afin de préserver l’intégrité des circuits électroniques. »
Le Web a créé des besoins d'« hyperdisponibilité » pour pouvoir répondre aux sollicitations des usagers 24h sur 24, 7 jours sur 7. Or, les infrastructures sont dimensionnées pour absorber les afflux de données liés aux pics d’utilisation, soit quelques heures par jour à peine, et demeurent sous-utilisées le reste du temps.

« Si un routeur fonctionne à 60 % de sa capacité, c’est un maximum, estime Anne-Cécile Orgerie. Même chose pour les data centers, qui sont peu sollicités la nuit. Or, même inactifs, ces équipements sont très énergivores. » Ainsi, un serveur allumé mais inactif va consommer 100 W, contre 200 W au maximum s’il est en plein calcul. La différence entre ces deux états pour le routeur sera de quelques pourcents à peine… Pourtant, personne ne songe à éteindre – au moins en partie – ces équipements aux heures creuses.
« Malgré de nombreuses recherches qui affirment que cela n’affecterait pas la performance du service, les data centers continuent d’être à 100 % de leur capacité jour et nuit, regrette Anne-Cécile Orgerie. Même chose pour les routeurs. »
La raison ? Les administrateurs de ces équipements vivent dans la hantise que l’utilisateur puisse souffrir du moindre temps de latence – un décalage de quelques secondes – ou d'un débit haché en cas de streaming.

Et ce constat de besoin d'être connecté en permanence se retrouve au niveau de la conception des box internet, dépourvu de bouton d'arrêt et fonctionnant jour et nuit.

Les fournisseurs d’accès estiment que pour redémarrer une box éteinte, il faut 90 secondes, un temps beaucoup trop long pour les utilisateurs impatients que nous sommes devenus, explique Françoise Berthoud. Résultat : les box représentent à elles seules 1 % de la consommation électrique française.

La hausse de performances du matériel a conduit à une baisse de l'optimisation du code

Avant, les ressources en mémoire étaient comptées, les développeurs avaient donc l'obligation d'écrire un code efficace. Aujourd'hui, la puissance des machines entraîne une flambée des lignes de code, un temps de développement long et répartie sur des équipes de plus en pus importantes, avec un résultat beaucoup plus lourd à gérer, entraînant des calculs plus longs et plus gourmand en électricité. On aime le beau mais attention au surpoids des logiciels. C'est particulièrement vrai pour des applications pour smartphones développées à la va-vite pour pouvoir être mises rapidement sur le marché, qui consomment d’autant plus d’énergie qu’elles sont toujours ouvertes.

« La plupart des gens ne savent pas qu’en moyenne, 35 applis tournent en permanence sur leur téléphone, qu’ils les utilisent ou pas, signale la chercheuse. Résultat, les batteries se vident en moins d’une journée, quand il suffirait de les éteindre en activant le mode économie d’énergie pour gagner jusqu’à plusieurs jours d’autonomie. »
Même si on améliore les efforts d'optimisations, si on créé de nouveaux codecs pour compresser nos données et faire passer plus d'informations qu'auparavant, on ne réduit pas le problème de base. La 5G par exemple n'a pas seulement amélioré la qualité de réception dans certaines zones, elle a augmenté les débits qui sont immédiatement utilisés par de nouvelles utilisations rendues disponibles aux consommateurs. Le problème reste celui de la consommation électrique. C'est une fuite en avant qui était permise tant que l'électricité était accessible en abondance et de manière bon marché. Ce n'est plus le cas en cette année 2022 et il faut s'attendre à d'autres contrariétés similaires avec le réchauffement climatique ces prochaines années.


C'est notre rapport vis-à-vis de nos loisirs numériques qui est à réfléchir.

Que ce soit pour des raisons budgétaires ou de manière imposée par le confinement à une certaine époque, on est resté un peu plus chez soi. La hausse du coût du carburant a également incité à réduire les déplacements non essentiels. Il a donc fallu s'occuper au sein de son domicile sur des durées plus longues et les jeux vidéo, les réseaux, les visios et les plateformes de streaming comme Youtube, Netflix, Disney+, Amazon ont pris de plus en plus de place dans notre quotidien. La consommation de bande-passante a donc grimpé de manière exponentielle (un streaming de film est beaucoup plus consommateur que de jouer en ligne) et cela consomme désormais beaucoup d'énergie.

L'heure est désormais venue d'avoir une véritable réflexion sur sa consommation quotidienne. On ne nous demande pas d'arrêter de jouer fort heureusement, ni même d'arrêter de regarder sa télévision ou sa tablette. Mais le choix de privilégier certains jeux de taille plus modeste à télécharger peut être pertinent ou de réduire son temps devant un écran pour reposer ses yeux, privilégier le contact local ou le retour à des jeux plus classiques. Ne pas laisser son chargeur de console branché en permanence, réfléchir à ses besoins réelles lors d'un achat d'un PC (à cause de cartes graphiques certes belles mais très consommatrices). Avoir des choix de programmes plus ciblés, passer moins de temps à zapper sur Youtube, savoir remettre certaines conversations sur les réseaux sociaux au lendemain, surtout si vous voyez la personne ce jour-là, se coucher plus tôt au lieu de relancer un nouvel épisode ou de refaire le monde entre amis une nouvelle fois sur Discord ou autre réseau.

La technologie nous a apporté de grande facilité et de l'immédiateté pour satisfaire notre curiosité et notre besoin de distraction. Mais cela s'est accompagné d'une hausse de la consommation d'énergie qui n'est pas compatible actuellement avec notre production énergétique. Et comme de nombreux pays sont touchés comme nous, difficile de faire jouer la mutualisation énergétique au niveau des frontières, d'autant qu'EDF était un gros fournisseur d'énergie pour nos voisins. Nous avons donc un problème exceptionnel en cette fin d'année et nous ne pouvons pas acheter en grande quantité ailleurs car les prix ont flambé. Si chacun fait des efforts pendant quelques mois en limitant un peu ses utilisations, on pourra faire le dos rond cet hiver et passer le cap. Sinon il faudra accepter de passer quelques heures sans le moindre courant cet hiver ponctuellement.

Faites bien attention à la petite mélodie qui commence à s'enclencher dans la presse, on commence à préparer les esprits. Les coupures d'électricité ponctuelles risquent réellement de se mettre en place, et cela commencera plus tôt et plus fort si chacun d'entre nous ne fait pas d'effort suffisant et une observation réellement objective de ses besoins liés à ses loisirs numériques.




Sans vouloir être alarmiste, il est intéressant que l'on réfléchisse à notre monde qui se tourne de plus en plus vers le dématérialisé, avec son corollaire énergétique. Puissance Nintendo est un site de presse utilisant le média internet, faisant partie de ce monde dématérialisé et participant à la promotion des loisirs numériques. Nous aimons le jeu, nous utilisons massivement le numérique ne serait-ce que pour vous proposer des articles, des Sessions PN de jeux (encore merci aux différentes participants d'hier soir autour de Splatoon 3) ou même des vidéo autour de certains jeux. Mais nous participons aussi à cet effort de sensibilisation dans ce contexte exceptionnel. Moins de zapping pour profiter mieux. Et accessoirement, peut-être que vous aurez moins de news certains jours car certains rédacteurs seront potentiellement touchés par des délestages ponctuels ^^ Ah ? Je note que notre rédacteur en chef n'est pas d'accord sur le fait de moins écrire ! Plaisanterie à part, le sujet reste sérieux et il vous faut vous préparer.

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