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Reportage eSport

Smash 4 et la compétition : les enfants maudits de Sakurai

Tout ce qu'il y a à savoir sur les Français qui jouent à Smash 4, cachés dans l'ombre des Nairo, Mr. R, Abadango, et autres Chiliens à écharpe.

Reportage
Défouloir bordélique bourré de fanservice pour les uns, incarnation de la finesse jusqu'à l'apprentissage de combos frame perfect pour les autres, Smash Bros. dispose d'une base de groupies titanesque et d'autant plus étonnante qu'elle regroupe absolument tous les goûts. Seulement, vu le public visé, la richesse technique du gameplay est souvent oubliée au profit d'un contenu gargantuesque pensé pour faire saliver les inconditionnels de la mêlée à quatre, de la carapace verte et de la Pokéball. Du reste, si Melee a fini par se faire une place au soleil des hardcore gamers, on ne peut pas en dire autant de ses descendants. Du pain bénit pour les cuistres qui refusent d'apprécier un jeu de baston sans jauge de vie ; sans parler de certains chérubins qui s'étonnent encore : « y’a des gens qui jouent sérieusement à ce jeu ? ». Il faut dire que les déclarations maladroites (et mal traduites) de Sakurai, le concepteur du jeu, à l'égard des joueurs pros n'arrangent pas les choses. Pourtant, n'en déplaise au grand gourou, ces « pros » existent. Même sur Smash 4. Lumière sur cette communauté discrète mais opiniâtre avec Gon, Manko, Leon et Enki, des habitués de la compèt'.
Puisqu'il faut bien commencer quelque part, autant mettre les choses au clair. Si Smash Bros. a été pensé par son géniteur comme un party game, cela fait aussi longtemps qu'il n'est plus le seul à diriger le navire. Oui, il existe bien des « pros », et ce sur chacun des épisodes de la licence, de la N64 à la Wii U. Merci aux options entièrement paramétrables que certains softs minimalistes seraient bien inspirés de reproduire. No items, Fox only, Final Destination comme disent les vrais. Enfin, pour Smash 4, plutôt Sheik, Luigi et Diddy...

Smash Bros. n'est pas un jeu de combat

Alors à quoi bon ces discussions enflammées sur la non-compétitivité de Smash, éparpillées au gré des forums américains ? Loin d'être tenus par une minorité de randoms persévérants, ces propos sont bien une réalité : aux yeux de beaucoup d'amateurs de Versus Fighting, Smash serait trop éloigné des classiques pour être qualifié de jeu de combat. Gon, accessoirement top français sur Ultimate Marvel vs. Capcom 3, témoigne tristement à ce sujet : « Mes potes de Marvel et Street Fighter me disent tous que Smash c'est pas un jeu sérieux. » C'est surprenant mais parmi les reproches qui sont adressés au titre, celui qui revient le plus souvent n'a trait ni à son système de kill, ni à ses combos improvisés, ni même à son accessibilité outrancière. « Ce sont les personnages qui gênent en vrai » accuse-t-il sur le ton du reproche, « la preuve, dès que Ryu est arrivé en DLC, y'en a plein qui ont commencé à regarder nos matchs ».

Aujourd'hui il reste loin de ces prises de becs interminables, préférant laisser celles-ci aux martyrs N-sex en manque de reconnaissance et aux psychorigides de chez Capcom. Que serait le monde sans quelques excités de Guilty Gear pour huer les fans de Blazblue sous le regard condescendant des maniaques de Skullgirls ? Comme partout, le hater inévitable cache largement le double de passionnés et d'obsessionnels ; la condition sine qua non pour être viable du point de vue compétitif en réalité.

Au chapitre des interrogations, on pourrait toutefois être surpris que les communautés de Brawl et Melee soient séparées. Ceci dit, si on devait en lister méthodiquement les différences, la situation paraîtrait plus compréhensible. Pour faire simple, d'un côté il y a Melee, un jeu qui a eu du mal à faire valoir son potentiel aux yeux du grand public, mais qui est désormais notoirement reconnu pour son style rapide et technique. De l'autre, Brawl a donné naissance à un gameplay à la fois plus lent et surtout beaucoup plus axé sur la défensive.

Autant dire qu'ils sont fondamentalement opposés malgré leurs similitudes visuelles. « Or, c'est logique que du point de vue des spectateurs, on préfère regarder un match rapide qui favorise l'attaque à un match lent qui favorise la campe. » explique Leon, l'un des rares Français à s'être investi dans les deux opus. On ne cherchera pas à le contredire. En tout état de fait, les communautés sont donc animées par des membres différents et qui se rencontrent peu, contrairement à l'idée qu'on pourrait s'en faire.
Par conséquent, l'état d'esprit cultivé par chaque clan est très dissemblable. À ce titre, Leon assure : « La communauté de Melee, c'est la plus motivée, celle qui est la plus capable de s'investir. C'est quelque chose que j'aurais aimé retrouver dans celle de Brawl mais cet esprit est moins présent. En contrepartie, elle est plus ouverte et moins élitiste. » Présenté ainsi, difficile de comprendre les raisons qui peuvent pousser à préférer cet avant-dernier opus, souvent décrié.

L'explication est simple : beaucoup de pros français sont des amateurs de Melee qui ont profité de la version Wii pour se tourner vers la compétition. Cependant, comme le rappelle Leon à nouveau, les (rares) pros qui comme lui ont préféré Brawl existent aussi : « Dans Melee, je trouve que la précision et la rapidité d’exécution ont un rôle essentiel. Dans Brawl, la technique existe aussi, par contre elle est en retrait par rapport au mindgame. » Alors, à chacun son école.

Suite à une affaire de médiatisation très différente, et même si Melee comporte son lot d'excellents joueurs français (avec entre autres Samplay, Cyr, Makenshi ou encore Baxon), c'est donc principalement grâce à Brawl-le-mal-aimé, que la reconnaissance de la communauté française de Smash a émergé. Malheureusement pour lui, son avenir semble condamné et certains comme Manko le disent déjà mort. Très proche du dernier épisode dans ses mécanismes, reconnu en outre pour ses déséquilibres évidents entre les personnages et incapable de régler ces problèmes par des mises à jour, il a assisté péniblement à la migration de ses principaux acteurs vers Smash 4.

Un transfert qui aura au moins permis aux vieilles connaissances de se retrouver sans trop de problèmes. Pour le reste, leurs moyens de se rencontrer ont assez peu évolué au fil des années : on passe par des groupes de teams, on attend les événements majeurs, on fait des sessions chez quelques élus au grand dam de leur famille... Et dans l'absolu, Facebook a simplement remplacé les forums du Bushido Impact. Il y a pourtant bien un petit détail qui a simplifié les choses : « C'est un bistrot où il y a souvent du monde, à Bastille, Passage Thiéré. »

Deep Down

C'est donc dans cette petite ruelle sombre et peu achalandée qu'on finit par atterrir au Meltdown, un des lieux de rendez-vous des smasheurs de la région parisienne. À l'entrée on plaisante : « on dirait un club échangiste, mais c'est bien par là ». L'expression elle-même s'apparente à un euphémisme quand on invite des inconnus à descendre au fond d'une cave à l'éclairage lugubre. Contre toute attente, accueilli par un alien passe-muraille, le passant curieux de la surface reprend des couleurs. Libération. La musique d'ambiance mélange les tubes de rap, rock, punk, et même quelques sons plus métalleux. Les ténèbres incitent à la rencontre avec ces autres hommes de l'ombre éparpillés dans des canapés disposés de façon anarchique.

Et l'essentiel : un tournoi amical de Smash 4 s'y déroule chaque semaine. Bien sûr, on imagine assez mal quelles obscures raisons pousseraient un allergique au jeu vidéo à s'aventurer dans cette tanière, mais au moins, il pourrait supporter la soirée grâce aux tarifs de la carte, dans la moyenne des bars parisiens. À condition bien sûr de réussir à garder un air sérieux et viril en commandant à une jeune hôtesse un shot de Salamèche...

Bien entendu, qui dit petit tournoi, ne dit pas petits joueurs. Ici-bas, il y a souvent Kill1, Bjay, Leon, et même Glutonny vient de temps en temps honorer les lieux de sa présence. On a connu des castings moins excitants. Malgré tout, pour Manko, le plus magique est encore de voir à quel point les joueurs sont issus de milieux sociaux différents. « Y en a pas mal qui viennent de banlieue, d'autres de milieux aisés, d'autres sont sur Paris... Dit comme ça, on s'en rend pas compte mais en vrai c'est épatant. C'est une diversité qui saute aux yeux. »

Dans la tradition des fighting games, le smasheur d'Île-de-France n'a pas de profil. Survet’ par ici, joli veston par là, et plus loin c'est le t-shirt Mother qui côtoie la chemise à carreaux de Smallville ; tous les goûts et toutes les couleurs y passent. La palme de la sape revient peut-être encore à Manko lui-même qui est presque capable d'illuminer le sous-sol avec l'éclat d'un chevalier blanc. En définitive, qu'importent les habits, c'est Smash qui fait les moines. Et une fois face à l'écran de sélection des personnages, tout le monde se réunit et prend un air concentré en y allant de ses conseils prodigués à qui veut les entendre. Le melting-pot est parfait. Si les religions, les origines et les milieux sociaux ont pu diviser les Hommes, les manettes de GameCube les ont rendus égaux.

Après quelques parties de freeplay à 4 ou à 8, le clou du spectacle peut commencer. Un jeune homme appelle au micro tous ceux intéressés par le tournoi amical. Premier arrivé, premier servi. « Quand est-ce que tu fermes les inscriptions ? » s'enquièrent les retardataires, « Quand c'est complet » leur répond l'organisateur mal à l'aise. Évidemment, ce fonctionnement pourrait sembler un brin spartiate et peu intuitif aux néophytes, cela étant dit, avec du recul, il demeure assez cohérent. Pour un événement hebdomadaire, gratuit (ou au tarif d'une conso) et géré avec en tout et pour tout deux moniteurs dédiés, difficile de faire beaucoup mieux.

On félicitera au passage la bonne idée de se consacrer une semaine sur deux aux combats en équipe, un mode trop souvent oublié. Par souci de concision, on fait en revanche l'impasse sur le looser bracket [NDLR : un tournoi des perdants]. Sévère, mais compréhensible si on veut éviter de faire rentrer les participants chez eux à 4h du matin. En conséquence, les malchanceux du premier tour ronchonnent contre le manque de télés et de Wii U... Mais malgré l'air bougon des candidats éliminés et l'implacable fumet de friture qui flotte dans l'air, tout le monde retrouve le sourire lorsque les commentateurs annoncent sans gêne que « la team L'épée Dophile vient de dominer celle des Pokéfions ». Nul besoin de l'EVO ou de l'APEX pour avoir droit à une poignée de moments d'anthologie.
Envoûtés par ces catacombes du XIème, tous parlent des matchups, du nerf de Diddy, de la tier list ou de la qualité du roster... Au fil des années et des affinités, des liens se sont tissés et d'aucuns abordent les sujets personnels ; comme de juste, ces troglodytes modernes descendent ici pour se retrouver au moins autant que pour participer. On n'est pas loin de l'ambiance d'un vrai troquet, à une différence près : on ne consomme de l'alcool qu'après son élimination. Faudrait pas exagérer.

Entre deux parties, les candidats se réunissent avec leur crew en échangeant des vannes sur Sheik et ses coups aériens abusés ou sur Sakurai et ses prises de position qui semblent n'avoir aucun sens. « J'ai arrêté d'espérer des décisions rationnelles de la part de ce gars, il dit qu'il veut pas faire de jeu compétitif et il vire le tripping [NDLR : chutes aléatoires], il nous rajoute des stages oméga partout, mais en même temps il rend les roulades super safe. Ce mec j'y comprends rien », se lamente Manko avant de mentionner le Stunfest. Ah ça, ça devrait être quelque chose, est-on assuré alors. Et plus loin, Gon de renchérir : « ouais il y aura des TV partout, on pourra faire masse de freeplay ». Tous ceux qui s'y connaissent un peu peuvent l'affirmer : tant pis si pour l'occasion Smash 4 a volé la vedette à Melee, il devrait y avoir de gros moyens derrière. Nul doute que le célèbre festival breton a encore la cote.

La Bretagne, ça vous gagne.

Débarqué à Rennes pour vérifier, on peut constater que c'est bien le cas. À l'entrée, une statue taille réelle de Scorpion jette sur les arrivants un œil scrutateur. Ici, les télés débordent de partout et des bornes d'arcade pour nostalgiques ponctuent chaque croisement de bancs. Le rêve des no-life au teint de vampire. Mais pour les compétiteurs la vie n'est pas aussi rose, entre les espoirs et la réalité il y a malheureusement un pas. Quand on réunit 300 joueurs de Street Fighter 4 dans un espace grand comme une petite cour de récré, il ne faut pas s'étonner que les 60 concurrents de Smash soient confinés sur une minuscule estrade à l'extrémité de la salle.

Devant ce spectacle, un grand type coiffé d'un bonnet Mega Man dodeline du chef de déception : c'est Ntai_Key un autre smasheur venu faire au passage un peu de superplay sur oldies. Habitué du festival il assure que «  l'organisation est simplement bien moins réussie que les années précédentes, quels que soient les jeux attendus » ; une opinion partagée par l'ensemble de la communauté. Et en guise d'illustration, il faut s'imaginer un Gon angoissé qui, la veille du tournoi, tente de faire comprendre à un organisateur nonchalant que le niveau Ville et Centre-Ville ne peut pas combler l’« oubli » de Smash Ville, désespérément absent des écrans.

Note pour l'avenir, mieux vaudrait connaître un minimum les us et coutumes des joueurs avant de les abandonner devant le fait accompli. Par chance, après un « han vous êtes chiants... » des dispositions sont prises et le jour de l'événement, tous les terrains sont bien disponibles... mais pas sur toutes les consoles. Ce n'est que le stage neutre le plus joué de Smash Bros. depuis Brawl après tout.
Premiers matchs classés aux alentours de midi (la programmation annonçait 13h), manque d'adaptateurs pour manettes, refus de diffuser les winner et looser finaux sur la grande scène (sur d'autres jeux, même les demi-finales y étaient jouées), et pire encore, rupture de galette-saucisse... La gestion du festival n'est pas au goût de tous les smasheurs. Ceux qui doivent alors utiliser sans grande conviction leurs hit-combos, la monnaie non-remboursable du Stunfest, dans des boissons moins attrayantes que le snack légendaire des fest-noz, tirent un peu la tronche.

Las, après la finale non-annoncée au micro et la découverte de paramètres apparemment trifouillés à l'arrache sur l'une des consoles (la puissance des éjections sur 1.2), on dresse grâce à la performance de quelques joueurs un bilan assez positif. Les combats étaient beaux et variés, une team bordelaise a engendré des résultats plus que solides et même l'ultime joute entre Nintenpro et Enki fut spectaculaire. Au moins, l'écran géant sur lequel les parties étaient retransmises ne s'est pas amusé à afficher un « no signal » fatidique en cours de match. Certains spectateurs salés de Mortal Kombat et Street Fighter en parlent encore.

Avant de partir, Gon repense à la colère de Bjay face à la suggestion incongrue d'un des organisateurs : une Grand Final en bo3 au lieu du bo5 promis [NDLR : trois parties au lieu de cinq]. « Les joueurs de KoF ils ont tous 35 piges, à aucun prix ils accepteraient qu'on leur fasse un coup pareil. C'est pas notre problème le manque de temps, nous on veut ce pour quoi on a payé. Le truc, c'est que ces mecs savent que la commu' de Smash est plus jeune, ils se permettent des choses. Heureusement, on s'est pas laissés faire. » En effet, si la grande partie des smasheurs se situe entre les 22 et 28 ans, quelques éphèbes gambadent encore de part et d'autres de la majorité. « Pour un jeu de combat, c'est jeune ! Et puis c'est eux les plus dangereux en vrai, quand on est petit on est cheaté ! » s’esclaffe-t-il.

On a beau sortir du Stunfest 2015, personne n'a jamais oublié la défaite de Leon face à Glutonny (alors âgé de 13 ans) au Bushido Impact de 2009 ; ni celle d'Ally l'année suivante face au même prodige. Gon raconte alors brièvement: « Leon, là où il excelle, c'est pour l’edge-guard [NDLR : le fait d'empêcher son adversaire de revenir sur le stage]. Il est déjà très bon sur le terrain mais justement c'est quand il est plus dessus et qu'il vient te chercher qu'il fait flipper. Quant à Gluto, ben déjà il est super fort. Mais surtout il place les pets comme personne. Vraiment, il a une telle facilité avec les pets, c'est n'importe quoi. » Tout le monde acquiesce sans un sourire, dans Smash, il s'agit d'une affaire très sérieuse.

No money, mo' problems

De retour à Paris, on évoque les résultats du dernier championnat. Une jolie coupe en verre, un boîtier d'acquisition vidéo, une souris, 220 euros et... de la confiture puis des gâteaux bretons, voilà les principales récompenses du Stunfest pour Enki et son Pikachu diabolique. « Vraiment pas mal » concède le grand gagnant, néanmoins pour un événement d'envergure nationale, on rêverait quand même de mieux. « Et toi, t'avais gagné quoi au dernier tournoi ? » demande Leon à Manko. Le fou rire ne se fait pas attendre : tout juste quarante euros. « C'est cool ! Ça m'a payé le retour en train » se défend-il humblement. Étudiants, salariés chez Leroy Merlin, ou encore intérimaires le jour, les « pros » dévoilent leur véritable nature dans les ténèbres, tels les Bruce Wayne smicards du jeu vidéo.

Difficile de ne pas sentir le glaive de l'injustice planer sur cette communauté de Versus Fighting quand on évoque le montant des cash prizes de LoL et Dota 2 ; sans parler des streams rétribués ou des sponsors qui payent trajets et hôtels... « Des rémunérations comme ça, ça encouragerait les joueurs à s'investir encore davantage, ça pourrait faire que du bien à la compétition, sans compter que ça ramènerait un nouveau public », affirme Manko. Il y a peu d'occasions de voyager pour les Français à moins d'être complètement dévoué à Smash. Mais bon, lorsque l'on joue à un jeu Nintendo, sur console Nintendo, avec une manette Nintendo et dont les vidéos sont principalement suivies par des fans de Nintendo, on s'estime déjà heureux de voir Alienware, MSI, Razer ou Asus venir faire de la pub sur les T-shirts des top players américains.

Au demeurant, cette prise de conscience des communautés pros inquiète déjà certains joueurs vis-à-vis du sort qui sera réservé à Project M (discrètement porté disparu lors de l'Apex 2015). On évitera de paraître trop alarmiste mais il y a effectivement des chances pour que Nintendo soit peu enclin à médiatiser l'engouement suscité par un mod amateur ouvertement lancé pour pallier le manque de technicité de Brawl. La disparition de ses streams sur VGBootcamp n'est pas anodine... Pas entièrement pessimiste, Leon espère qu'au moins le soutien de Big N envers ceux qui jouent « pour la gloire » puisse faire avancer la compétition vers quelque chose de, justement, plus professionnel. Il faut dire, personne ne cracherait sur une organisation plus structurée, ni sur des gages plus concrets que des coupes et de la fierté.

Mais le constructeur japonais a beau sponsoriser en partie l'EVO 2015, il n'aura pas versé un centime dans les cash prizes… ce qui ne les a pas empêchés de doubler par rapport à l'année passée (environ 19 000 dollars pour chacun des deux Smash contre moins de 10 000 en 2014 pour Melee). On s'approche peu à peu des sommes surréalistes de MKX (plus de 60 000 dollars), USFIV (plus de 70 000 dollars), ou même de Killer Instinct (pas moins de 50 000 dollars pour les gagnants). Des chiffres qui tranchent avec tout ce qui avait été vu avant.
Paradoxalement, c'est peut-être cette distance avec le monde « réel » qui a permis à la communauté de Smash de garder un esprit bon enfant, ainsi que quelques joueurs comme Enki, dévoué envers les nouveaux venus : « Quand on connaît personne, c'est difficile de s'intégrer dans un groupe, j'essaye de m'intéresser aux néophytes et à tous les jeunes arrivants. On est tous passés par là et on a tous envie de s'améliorer, alors inutile de scinder la communauté entre les gros et les petits Smasheurs ».

De fiers soldats qui, par dessus le marché, sont capables de passer plusieurs heures à installer sur chaque Wii U croisée, les sets de coups customs les plus utilisés en compétition ; comme une invitation à découvrir le jeu toujours plus profondément. On ne se le cache pas, pour ces petits groupes acharnés et vivaces, Smash a été préservé d'un milieu que les sponsors et la surmédiatisation ont rendu toxique. L'ironie de la situation, c'est qu'en France, le jeu manque justement de leur soutien pour séduire et informer le public des événements et donc pousser la communauté vers le haut.

En prenant de la distance, les joueurs ont fini par se satisfaire de ce qu'on leur donnait : des sommes symboliques, quelques goodies ou même des amiibo. « L'argent corrompt tout de toute façon » concède Manko qui admet aussi que la présence de champions millionnaires engendrerait sans doute un climat bien moins amical entre les participants. Du coup, on reprend du poil de la bête en regardant scrupuleusement les dates du tournoi de l'Epita et on souffle un coup quand elles collent à son planning.

Soudain après une élimination par un Flying Man en grande forme, quelqu'un lève sa 3DS et scande sur le ton de l'incompréhension : « Sakurai t'as foutu quoi avec les stage hazards ?! », tandis qu'un autre rappelle : « Y’aura des objets et ce sera pas du 1v1, mais bon oubliez pas le tournoi officiel à la Japan Expo ! ». Dans la foule, on hausse les épaules en souriant, « Ah ? Bon bah on verra bien les résultats hein ! » Des règles détestables pour le commun des mordus de compèt’, même si un side event à la législation plus stricte se déroulera en parallèle.

De toute évidence, on se réjouit de voir Nintendo organiser « le Championnat de France 2015 », mais malgré son nom prestigieux il ne risque pas d'avoir plus de valeur que le Cannes Winter Clash. Ou comme le notent scolairement les vieux sensei du milieu : en progrès mais peut mieux faire...

Commentaires sur l'article

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Ryfalgoth
Merci pour ce très bon article !
Effectivement malgré ce que je peux penser par rapport à la fermeture d'esprit et l'élitisme de certains joueurs par rapport aux règles du jeu, Super Smash Bros est un jeu d'une immense richesse qui peut briller en compétition !
AHL 67
everred a écrit:Si les religions, les origines et les milieux sociaux ont pu diviser les Hommes, les manettes de Gamecube les ont rendus égaux.

Épique ! À ressortir lors d'un dîner familial ! :D
maxbfox
A mon sens ce qui fait la force du jeu est justement d'être tout aussi intéressant pour les techniciens adeptes du 1vs1 pour la gloire, que pour les smasheurs éclectiques des joutes à 4 avec tout l'aléatoire qu'il faut savoir maîtriser. Car oui, même à 4, dans des arènes mobiles et des objets de partout, on peut apprendre à dompter le hasard. Comme dans un Mario Kart, ce n'est pas parce qu'il y a des carapaces bleues que les meilleurs ne vont pas gagner la plupart du temps.
S'il est difficile et rare de profiter à fond de ses 2 facettes opposées, je pense que c'est pourtant le meilleur moyen de jouir pleinement du jeu.
gouki80
Le gros probleme que je trouve a ce jeu, c'est pas tant le roster que ca. C'est le fait que quand tu joues un match online et que tu tombes sur une brute qui maitrise le jeu, t'as juste aucune chance de comprendre ce qui t'arrive. Si tu veux progresser, tu dois le faire par tes propres moyens et t'as aucun moyen d'aller chercher des conseils comme c'est le cas sur Street Fighter ou autre. Et le systeme de communication de la 3DS et de la Wii U n'arrangent rien. Grosso modo, si tu comprends pas comment fonctionne le jeu bah t'es baisé et tu joueras jamais a un meilleur niveau que celui que t'as de base quand tu fais ta premiere partie. Clairement moi c'est ca qui casse mon envie de taffer le jeu
AHL 67
maxbfox a écrit:Car oui, même à 4, dans des arènes mobiles et des objets de partout, on peut apprendre à dompter le hasard. Comme dans un Mario Kart, ce n'est pas parce qu'il y a des carapaces bleues que les meilleurs ne vont pas gagner la plupart du temps.

C'est vrai que si c'est pour jouer en 1v1 sur des stages fixes, sans objets et voire en mode PV plutôt que jauge d'éjection, autant rester sur Tekken ou Street Fighter, des jeux vides comme ça y en a plein. Le truc bien dans Smash Bros c'est justement ce foutoir où à chaque instant un truc super ou un truc horrible peut vous tomber sur la tronche. Savoir les anticiper et les apprivoiser est ô combien plus complexe que d'apprendre une série de touches à appuyer pour balancer tel combo.
gouki80
Savoir les anticiper et les apprivoiser est ô combien plus complexe que d'apprendre une série de touches à appuyer pour balancer tel combo.



C'est sur que si tu resumes les jeux de combat traditionnels a l'apprentissage des combos, tu vas trouver Smash plus complexe -_-
En plus de ca, tu compares l'incomparable. Smash c'est un jeu de combat certes mais basé sur des mécaniques de gameplay totalement différents de ceux des jeux de Vs Fighting traditionnels. Comment tu veux comparer sa complexité à celle de l'apprentissage des combos + des match-up + des BnB + des mecaniques de gameplay. C'est comme si j'essayais de comparer un jeu de foot a un FPS, ca a autant de sens pour moi.
C'est aussi ca, qui, je pense, fait hurler les fanatiques. C'est le fait que Smash est trop eloigne des autres jeux de combat
Ryfalgoth
maxbfox a écrit:A mon sens ce qui fait la force du jeu est justement d'être tout aussi intéressant pour les techniciens adeptes du 1vs1 pour la gloire, que pour les smasheurs éclectiques des joutes à 4 avec tout l'aléatoire qu'il faut savoir maîtriser. Car oui, même à 4, dans des arènes mobiles et des objets de partout, on peut apprendre à dompter le hasard. Comme dans un Mario Kart, ce n'est pas parce qu'il y a des carapaces bleues que les meilleurs ne vont pas gagner la plupart du temps.
S'il est difficile et rare de profiter à fond de ses 2 facettes opposées, je pense que c'est pourtant le meilleur moyen de jouir pleinement du jeu.

Ah ça on est bien d'accord ! Je rêve tellement de voir plus de diversités dans la scène compétitive de Super Smash Bros. Hélas la communauté est parfois assez fermée sur ça.

gouki80 a écrit:Le gros probleme que je trouve a ce jeu, c'est pas tant le roster que ca. C'est le fait que quand tu joues un match online et que tu tombes sur une brute qui maitrise le jeu, t'as juste aucune chance de comprendre ce qui t'arrive. Si tu veux progresser, tu dois le faire par tes propres moyens et t'as aucun moyen d'aller chercher des conseils comme c'est le cas sur Street Fighter ou autre. Et le systeme de communication de la 3DS et de la Wii U n'arrangent rien. Grosso modo, si tu comprends pas comment fonctionne le jeu bah t'es baisé et tu joueras jamais a un meilleur niveau que celui que t'as de base quand tu fais ta premiere partie. Clairement moi c'est ca qui casse mon envie de taffer le jeu

Ah bon ? Perso Street Fighter j'ai toujours trouvé ça méga compliqué comparé à Smash. Je dis pas que Smash est facile à haut niveau hein. Juste que je comprends beaucoup mieux les techniques avancées à maîtriser dans Smash.
AHL 67
gouki80 a écrit:En plus de ca, tu compares l'incomparable. Smash c'est un jeu de combat certes mais basé sur des mécaniques de gameplay totalement différents de ceux des jeux de Vs Fighting traditionnels. Comment tu veux comparer sa complexité à celle de l'apprentissage des combos + des match-up + des BnB + des mecaniques de gameplay. C'est comme si j'essayais de comparer un jeu de foot a un FPS, ca a autant de sens pour moi.

Pourtant la petite séance de basket avec le chien d'Alyx Vance dans Half-Life² est plutôt amusante. Donc FPS et jeux de sports sont en fait très proches. :D
Humour mis à part, tu exagères. Smash Bros n'est ni plus ni moins qu'un jeu de combat (y a moyen de faire du 1v1 sur un stage fixe sans objet et avec une jauge de PV) dans lequel on a des tonnes de bonus qui tombent du ciel. La seule chose qui lui fait réellement défaut pour être reconnu comme e-sport "sérieux" c'est le manque d'équilibrage des personnages. Et c'est sûr que c'est pas en 2 MàJ par an qu'ils vont y arriver, surtout si ça ne les intéresse pas plus que ça.



gouki80 a écrit:C'est aussi ca, qui, je pense, fait hurler les fanatiques. C'est le fait que Smash est trop eloigne des autres jeux de combat

Ce qui fait hurler les fanatiques, c'est la peur de voir un jeu qu'ils ne maîtrisent pas, car avec beaucoup trop de paramètres à gérer pour eux, prendre le pas sur leurs jeux à eux. :roll:



Ryfalgoth a écrit:Juste que je comprends beaucoup mieux les techniques avancées à maîtriser dans Smash.

Bah faut pas oublier que c'est du Nintendo. Et chez Nintendo, on te tient par la main. Beaucoup décrient leurs jeux parce qu'ils ont l'impression qu'ils sont trop simples, alors qu'en fait ils ne font qu'expliquer clairement chaque nouvelle fonctionnalité que tu débloques dans le jeu, chaque nouvelle capacité auxquelles tes personnages ont accès, chaque nouvel objet obtenu. Ils l'ont parfois rendu assez lourd (merci de me rappeler à CHAQUE rubis bleu trouvé qu'ils valent 5 verts dans Zelda TP :@), mais moi je déteste être largué dans un jeu sans explication. Peut-être trop habitué à Nintendo, justement, mais le confort c'est pareil pour tout : si on ne l'a pas on fait avec, si on le perd ça nous emmerde.
gouki80
Bah moi c'est tout le contraire tu vois, j'ai toujours pratique Street et rien que le fait de comprendre la facon de gerer l'espace sur Smash bah j'y arrive pas.
Pour moi Smash est trop eloigne des mecaniques habituelles pour que je puisse me raccrocher a quoi que ce soit. J'apprecie la presence de Ryu car elle me permet de pas avoir a me concentrer sur la command list des persos que je joue et de me concentrer sur autre chose mais meme avec ca, ca reste complique pour moi.
Encore sur Tekken, j'ai des points d'accroche (gestion d'espace, garde, cross-up etc), j'ai juste a trouver un perso qui me fait kiffer et de rester dessus. Mais c'est pas le cas sur Smash
Ryfalgoth
Ok oui, c'est vrai que le spacing n'a absolument rien à voir et est un point très important sur Smash (savoir se placer du bon côté du stage, l'edgeguard, toussa toussa). Perso je ne joue quasiment pas aux jeux de VS traditionnels.

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