Dossier

Retour sur les résultats financiers de Nintendo.

Un retour dans le vert qui fait du bien, une politique plus agressive à la fois marketing et dans la diversification des activités, mais qui laisse des questions sur certaines fragilités récurrentes.

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2015 est une année étonnante car contre vents et marées, le président Satoru Iwata a tenu sa promesse : faire renouer la firme avec des bénéfices. Ainsi après deux années très décevantes qui avaient conduit de nombreux analystes à mettre un peu prématurément en bière Big N, Nintendo est à nouveau dans le vert. Mais si on regarde dans le détail les raisons de ce retour aux bénéfices, la situation montre de grandes fragilités et beaucoup d’interrogations sur l’avenir.
Nous l’avons déjà évoqué, grâces aux formidables ventes des amiibo et de la New 3DS, les caisses de l’entreprise se portent mieux, les ventes de jeux sont en hausse. En hausse ? En fait, c’est un peu plus compliqué. Les titres 3DS se portent bien, notamment à l’export, le marché japonais reste atone. Mais c’est surtout sur le marché de la Wii U que les résultats sont contrastés.

Certains titres ont bien été vendus par millions mais pas suffisamment en nombre pour booster décemment la console de salon qui, même si elle atteint peu à peu les 10 millions d’exemplaires dans le monde, reste encore un poids mort pour la compagnie. Et nous avons évoqué un début de fragilité sur le marché eShop, même si les résultats globaux restent encourageants.

En dépit de ces difficultés, Iwata a tenu parole et les bénéfices sont présents. Satisfecit certes dans l’ensemble mais il ne faut pas se reposer sur ses lauriers car la nouvelle année fiscale va être celle de tous les dangers.
Nintendo vient de publier ses résultats annuels 2015 (avril 2014 – mars 2015). Les ventes s’élèvent à 549,780 milliards de yens (environ 4 milliards d’euros), contre 571,726 milliards de yens un an avant. Le résultat opérationnel passe dans le vert à 33,781 milliards de yens (environ 240 millions d’euros), contre -32,507 milliards de yens un an plus tôt. Le géant japonais du jeu vidéo enregistre ainsi un bénéfice annuel de 41,843 milliards de yens (environ 310 millions d’euros), contre une perte de 23,222 milliards de yens sur l’exercice précédent (environ 172 millions de perte).

On constate bien sur ces graphiques que la bourse a retrouvé un peu le sourire vis-à-vis de la marque et affiche un léger optimisme au niveau des comptes de résultats pour les années suivantes.

On reconnaît à Nintendo un côté incomparable de ces réalisations, et une place à part sur le marché. La firme est respectée dans ce qu’elle a apporté comme bouleversements dans nos habitudes quotidiennes, avec pas mal de célébrations un peu partout des gloires de la marque y compris dans des musées. Pour Nintendo, la véritable valeur du divertissement réside au travers de sa singularité.
Ce qui était jusqu’à présent une force pour la marque devient aujourd’hui faiblesse, la devise a trouvé ses limites. Le futur de Nintendo est aujourd’hui beaucoup plus vague et sujet à de nombreuses spéculations. Les annonces récentes se succèdent pour mettre en lumière l’isolement de la marque vis-à-vis des compagnies étrangères et désormais des autres studios japonais.

Car il faut le reconnaître, pour de nombreuses sociétés, les temps actuels sont une période de vache maigre et il faut donc chercher la machine à cash. Rentabilité des coûts de développement, prise de risque minimale ; dans cette équation économique, Nintendo est de plus en plus souvent mise hors-jeu et ne doit compter que sur ses propres forces vives, qui sont limitées au niveau des effectifs.

Alors quelle machine à cash peut mettre en place Nintendo pour sa nouvelles année fiscale et lui permettre de rester dans le vert, et de faire le dos rond en attendant de donner des précisions sur l’hypothétique projet NX ?

Nintendo l’a trouvé en 2014 avec les amiibo, même si se pose toujours la question de la capacité de la firme aujourd’hui à anticiper les besoins et les attentes du marché au regard de la gestion ô combien calamiteuse des stocks des petites bestioles, sujet sensible sur notre forum et qui a fini par agacer voire écœurer des aficionados pourtant au départ charmés par ces objets. Il reste encore une belle marge de manœuvre pour étoffer la collection mais la lassitude guette, sans compter que l’utilisation des amiibo reste encore très marginale aujourd’hui.

Autre piste de valorisation : la grande annonce du partenariat avec DeNA pour pénétrer le marché mobile, d’une manière vertueuse selon les dirigeants qui refusent de prostituer les licences, mais qui pour le moment, tant que nous n’aurons pas vu de produits concrets, laissent percevoir certaines inquiétudes dans la communauté Nintendo. Ici, c’est clair, nous sommes dans une optique de croissance « agressive » formulée par le responsable Iwata. Nintendo a tardé et veut sa place sur ce marché cependant très volatile.
« Nintendo maximisera la valeur de sa propriété intellectuelle en encourageant un plus large public à découvrir son offre ludique, favorisant ainsi l’expansion du marché des jeux vidéo »
Autre partenariat, celui récemment mis en place avec le groupe Universal Parks & Resorts en faveur duquel les personnages fétiches de Nintendo prêteront leur image à des attractions. Mais aussi dans la production de contenu audiovisuel et la maximisation du merchandising. Cette exploitation des IP de Nintendo ne s’appliquera pas de manière indifférenciée :
« En choisissant de manière flexible la méthode promotionnelle optimale adaptée à la spécificité de chaque icône, nous augmenterons leur visibilité auprès d’une large audience. »
Mais au-delà de cette démocratisation des licences phares de Nintendo, d’autres aspects restent encore beaucoup plus flous. L’un des projets, le fameux Quality of Life (QoL), est un programme de santé en ligne aux contours flous. Si les informations recueillies auprès de l’utilisateur sont très certainement à prendre avec distance, leur communication adoptera un positionnement ludique, semblable à la philosophie du plug and play (brancher et jouer) des consoles du fabricant. Après un peu plus d’une année d’annonce de ce programme, rien n’a vraiment filtré, nous avions regroupé l’état des connaissances dans notre dossier « E3 2015 1ere partie, que pouvons-nous espérer ? » mais depuis, Iwata a précisé que rien sur ce sujet ne serait communiqué de manière publique lors du prochain salon.

DenA, Parc d’attraction, Quality of Life, goodies marketing Nintendo sont autant de multiplication de leviers possibles de croissance pour la marque, avec le risque d’un éclatement alors que la société est jusqu’à présent assez monolithique. D’où la nécessité de renforcer le service intégré qui fera le lien entre toutes les composantes de la marque, en dépassant l’espace de fidélité actuel trop restreint qu’est le Club Nintendo, de plus segmenté sur chaque continent. C’est l’objet du « integrated membership service », un système d’identification commun à la galaxie de dispositifs du japonais (3DS, NX, QoL, Wii U) et ses liants (PC, tablette, mobile intelligent).
« C’est une version améliorée du programme de fidélité actuel »
, précise Iwata en ajoutant :
« les titres Nintendo seront jouables indépendamment de la plate-forme. »
Ces nouveaux défis ont vocation à préparer Nintendo à la conquête de nouveaux réservoirs de croissance où l’intégration du matériel, des contenus et des services en ligne est unifiée. C’est une preuve que la société Nintendo avance, à son rythme, et est en train d’opérer une nouvelle mue. C’est un message clair aussi pour se donner le temps d’effectuer ce travail face aux pressions et aux questions des investisseurs.
« Nous sommes présents depuis 125 ans, après avoir lancé notre activité de Hanafuda (cartes à jouer), Nintendo s’est transformée en une société de jouets électroniques pour enfin devenir un fabricant de consoles et éditeur de jeux vidéo. Au rythme de nombreux échecs et de petits succès (sic), nous avons à nous seuls réussi à relancer cette industrie (ndlr : voir article sur la NES qui avait sauvé le marché du jeu vidéo après la grande crise de 1983). »
Selon son PDG M. Iwata, Nintendo élargit lentement mais sûrement le périmètre du divertissement interactif capable « d’apporter de la joie » vers un horizon où de manière générale le bien-être prime. Et l’annonce, certes un peu précipitée, de la NX va dans cette direction.
La NX n’est pas là pour succéder à la 3DS ou la Wii U, mais pour vous surprendre.
Iwata a tenu sa promesse jusqu’à présent, réussira-t-il dans ce prochain projet ? Il va falloir très vite trouver une solution pour la Wii U.

La Wii U démontre des qualités intrinsèques intéressantes (son fameux gamepad) et sa ludothèque s’est enrichie durant la dernière année fiscale de titres de très grande qualité : Mario Kart 8, Super Smash Bros., Bayonneta 2, Hyrule Warriors pour citer les titres bien vendus. Mais son argument marketing stratégique, le fameux « gameplay asymétrique », est resté trop peu mis en avant et est abandonné par les autres studios.

La firme elle-même a tardé à utiliser son potentiel car, à part Nintendo Land, il a fallu attendre Mario Party 10 et Kirby récemment pour commencer à le voir utilisé, soit deux ans après la sortie de la console. Au placard les projets de gestion de plusieurs GamePad !
Si en 2015, on va enfin trouver une utilité un peu plus grande du GamePad, qui va suivre ? La bataille chez les autres n’est pas au niveau de ce gameplay de niche, mais sur le plan de la gestion graphique, de la puissance de calcul et des shaders. La Wii U ne tient pas la route face sur ces aspects, elle subit la pression concurrentielle imposée par le duo PS4 / Xbox One.

Il faudrait une aide massive du côté de la communauté des développeurs mais c’est un point faible actuel de la marque : elle peut l’obtenir pour quelques studios, essentiellement japonais, mais elle reste en dehors du coup pour l’international. Kit de développement en retard au lancement de la machine, passage à Unity 5 qui ne sera effectif que pour les titres soumis à validation après septembre 2015, c’est trop lent à ce niveau.

Faudra-t-il se contenter d’épiphénomènes événementiels cette année sur la console de salon, comme Splatoon, en attendant qu’on se rende compte que pour attirer à nouveau les studios et les gros jeux, il faut passer à la génération suivante ?
Allez Nintendo, apportez-nous un peu de joie, à nous joueurs immédiats, lors de ce prochain salon E3, afin de pouvoir patienter en confiance pour la suite des aventures de la marque.

Commentaires sur l'article

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nourrain
Très bon article, merci pour ce bilan.
FoxLeGoupil
J'ai un gros doute sur les chiffres.... 4000 milliards d'euros de ventes c'est quand même le double de la dette publique française...

C'est plutôt 4000 Millions (4 Milliards donc).

Il en est de même pour tous les chiffres du quatrième paragraphe il s'agit de millions et non de milliards.

Mais sinon je trouve que c'est une très bonne analyse.
sebiorg
Ce sont des chiffres communiqués par Reuters, je suivrai s'il y a des corrections.
sebiorg
Après c'est du cumul, donc il se peut que les sommes brassées soit effectivement importantes. Mais cela ne serait pas la première fois qu'il y ait des erreurs milions/billions, milliards. Je suis assez d'accord avec vous FoxLeGoupil, la valeur semble élevée et serait plus plausible en millions.
showkerk
C'est surtout que tu as oublié une virgule sebiorg en fait (ça revient effectivement au même que de le présenter en million) :
549,780 milliards de yens (environ 4  milliards d’euros)
sebiorg
Merci Showkerk, voila effectivement mon erreur. Je corrige!

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