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Dossier Atlus

Atlus : les larmes du vieux continent

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Shin Megami Tensei IV, que l'Europe attend depuis plus d'un an, fait partie de ces jeux que l'on attend. Enfin annoncé, sa sortie ne se fera pas sans regrets ni pleurs.

Dossier
Vaguement confirmé en Europe, Shin Megami Tensei suit la longue tradition de ces softs, acclamés sur leur terre natale, comparables aux plus grands noms du jeu de rôle nippon, mais dont les chiffres de vente à l'international prouvent l'impopularité ; un peu à l'image d'Xzibit, l'homme que tout le monde connaît mais que personne n'écoute. D'ailleurs, comme pour le rappeur, plus reconnu pour Pimp my Ride que pour ses albums, les derniers opus de la sous-série Persona, se vendent maintenant mieux que le tronc originel dont ils sont issus. Sans surprise, les joies de la drague virtuelle et des soirées pyjama en internat ont toujours la cote.
SMTIV s'adresse alors aux autres, à ceux qui ont été rebutés par l'approche trop sociale des Persona 3 et 4. A ceux qui veulent retrouver le frisson d'un univers à la croisée des chemins entre la science-fiction et la démonologie sans se condamner à écouter l'enfance tragique de tous leurs coéquipiers. Exit les amis du lycée et les petits boulots en fin de journée.

Dans SMTIV, le fil rouge ne se manifeste qu'à travers de grandes questions morales à laquelle aucune réponse ne saurait s'adapter avec humanisme sans un sacrifice. En somme, une aventure taillée pour ceux qui n'ont que faire des mascarades de la société nippone et des problèmes existentiels d'ados mal dans leur peau. Contre toute attente, ces joueurs délaissés, Atlus ne les avait pas oublié.

La Terre d'Or

Et avec 480 000 exemplaires vendus au Japon et au pays de l'oncle Sam, on peut aisément affirmer qu'eux non plus n'avaient pas oublié Atlus. On reste encore loin des scores de Persona 4 (820 000) et de sa réédition en or (640 000) même si la comparaison est forcément biaisée : SMTIV étant sorti sur une console très populaire mais sur seulement deux continents, là où à l'inverse P4G a éclaté les records d'une console en peine sur l'ensemble du globe.

Sans compter les ventes en dématérialisé, il dépasse déjà d'une bonne tête les 380 000 copies vendues de Nocturne, comme le témoignage d'un public curieux d'en apprendre plus sur les origines de leurs autres licences chéries et surtout la preuve que l'Amérique s'intéresse encore aux JRPG. Évidemment, il serait indécent de mettre en concurrence les chiffres des vrais SMT avec ceux d'un Final Fantasy XIII (quoi que sa suite ait également connu quelques déboires en particulier sur Xbox 360), toutefois, pour du megaten, SMTIV s'en sort exceptionnellement bien. La messe est dite.

Malheureusement, il faut croire que la déesse, malgré ses innombrables réincarnations, est totalement hermétique aux faibles prières qui lui proviennent du vieux continent. C'est bien simple, paru depuis près d'un an aux Etats-Unis et au Japon, SMTIV est toujours en attente, non pas d'une sortie, mais simplement d'une date sortie en Europe un peu plus précise. Seulement, les ventes européennes de produits estampillés SMT ont rarement représenté une part considérable des profits d'Atlus, alors rien d'étonnant à ce que l'affaire traîne.

Pour rappel, entre la version japonaise de Nocturne et son édition Lucifer's Call en Europe, près d'un an et demi s'était écoulé. Un délai passablement long pour justifier le rajout d'un Dante étrangement inutile face à Lucifer et d'une version française très honorable mais ponctuée de quelques bizarreries (au hasard, un tutoiement intempestif, Jack Givre ou le Semi-Maudit).

Et sinon, le jeu sort quand ?
Depuis environ quatre ans, Atlus s'est néanmoins lancé dans une grande campagne de sensibilisation des jeunes grâce à une avalanche d'anime sur Persona 3 et 4. Avec une telle célébrité, tout porte à croire que le nébuleux Persona 5 bénéficiera d'une sortie triomphale dans un environnement japonais à mi-chemin entre la crise d'hystérie refoulée et la folie hypnotique des files indiennes bien organisées.

A moins bien sûr que d'ici là, tous les possesseurs de PS3 se soient tournés vers la next gen, ce qui reste envisageable si le silence radio des développeurs persiste encore quelques années. Dans tous les cas, on imagine encore assez mal qu'une telle débauche de moyens puisse un jour être mise en place pour populariser les Shin Megami Tensei originels, probablement trop sombres pour plaire au grand public, mais dans la mesure où Persona est un véritable phénomène au Japon, il aurait été dommage de ne pas en profiter.

Persona grata

Du coup, entre les Persona Q, les Persona Dancing et les Persona Arena, l'avenir du spin-off n'est pas à craindre. Et pourtant, malgré une forte probabilité de voir arriver ces titres jusque sous nos latitudes, Atlus ne s'est toujours pas décidé à nous annoncer de date de sortie. Ce manque de communication maladif, en réalité récurrent chez le développeur, reste sans doute le pire affront qui puisse être fait aux joueurs européens. Et accessoirement une très mauvaise publicité pour des jeux déjà en mal de reconnaissance sur nos terres.

Logiquement, un Shin Megami Tensei pur jus, encore moins médiatisé, ne risque pas d'obtenir un meilleur traitement. Pour Atlus, l'Europe restera éternellement ce petit continent peu intéressant d'un point de vue financier et peuplé d'habitants pas foutus de parler la même langue. Pas plus bête qu'une autre boîte, Atlus a déjà réglé le second problème d'un revers de la main : les gaijins n'ont qu'à apprendre l'Anglais.

Persona Q, le spin-off de spin-off.
Nintendo n'étant pas entièrement du même avis, Stephan Bole, directeur général de la firme en France, avait toutefois relancé les espoirs des Français en affirmant qu'une traduction de Shin Megami Tensei IV était actuellement en cours et réalisée par les équipes de Nintendo elles-mêmes, en général assez pointilleuses.

On aurait sans doute pu s'attendre à une bonne finition – ce qui aurait bien été la moindre des choses pour excuser un tel retard – mais Siliconera visiblement mieux informé a également démenti il y a peu : English only et sortie sur l'eShop de rigueur. En somme, un an et des poussières d'écart entre les States et l'Europe pour zéro ajout. Du Atlus tout craché, "classic shit" comme on dit. Bien sûr, nous ne sommes maintenant plus à l'abri d'un troisième revirement de politique, mais enfin...

On reconnaîtra tout de même au développeur une véritable volonté de protéger SMT. A l'heure où Persona affirme continuellement son indépendance fraîchement gagnée, SMTIV reste fidèle à ses ancêtres et propose une aventure dérangeante, inhabituelle et glauque. Même l''invraisemblable crossover avec Fire Emblem semble avoir été pensé dans cette optique. Au lieu d'ouvrir la licence au grand public avec des concessions qui risqueraient de décevoir les fans de la première heure, Atlus pourrait ainsi la faire découvrir à d'autres amateurs de jeux très exigeants en s'appropriant une partie du public de Nintendo.

Rien n'affirme non plus que les joueurs n'auront pas affaire à un soft hors-sujet ou totalement improbable, ou même à un petit raté. En priorité, il faut surtout espérer que le calme mystérieux qui entoure le jeu (toujours aucune info, même à l'E3) ne signifie pas un abandon du projet, surtout qu'un partenariat de cette envergure annoncerait certainement une approche moins négligente envers l'Europe. D'après Nintendo, le jeu serait heureusement toujours en cours de développement. Comme la traduction de SMTIV diront les mauvaises langues.

Sortir de l'ombre

En attendant, Nintendo ayant eu la bonne idée de zoner sa dernière portable, SMTIV reste depuis trop longtemps pour beaucoup de fans européens – c'est-à-dire une minorité de joueurs dans l'absolu – un simple fantasme. Des efforts ont pourtant été réalisés pour rendre l'aventure plus accessible que celle de son aîné qui était parfois d'une difficulté rebutante.

L'ajout d'un mode facile optionnel au bout de deux morts (une bagatelle) et la possibilité de sauvegarder à tout moment (idéale sur une console portable) allègent grandement la souffrance des débutants sans passer pour de trop grosses concessions. Au pire, la glorieuse idée du cheat code en DLC, instaurée sur 3DS par Fire Emblem Awakening, peut résoudre en deux heures la majorité des problèmes de difficulté pour toujours.

Une vision assez fréquente dans SMTIV...
Cette générosité, toute relative, marque en réalité la plus grande force de SMTIV qui parvient à paraître plus ouvert au changement que Nocturne, sans trahir sa lignée à un seul moment. On reconnaît à cet égard les changements esthétiques effectués par Masayuki Doi, le nouveau character designer, comme une tentative de séduction nouvelle, alimentée par un besoin de reconnaissance lié à un support inédit. On troque finalement des visages de porcelaine aux faux-airs de maquillage Kabuki contre un look moins ésotérique et plus proche d'un manga conventionnel.

Comble de l'ironie, Kasuyuki Yamai, en charge du projet, avait justifié son choix par la capacité du dessinateur à créer des personnages simplistes mais dotés d'un charisme puissant ; une définition qu'on attribuerait plus volontiers aux derniers travaux du précédent illustrateur de la série, Kazuma Kaneko. Du coup, si Flynn et sa bande sont visuellement moins étranges que leurs vieux compères, ils restent aussi en terme de présence bien en dessous d'Aleph, Raidou ou du Semi-Maudit, pour ne citer qu'eux. Visiblement, on ne fait pas d'omelettes sans casser quelques les œufs...

Mais ces détails ne sauraient entacher le nom de Shin Megami Tensei que le quatrième épisode arbore fièrement. Le cœur du jeu est de toute façon inchangé, l'âme est intacte, l'honneur de la licence est donc préservé. Il faudra seulement se faire une raison : dommage qu'une série aussi étonnante et tentaculaire n'ait pas toujours eu le loisir de sortir sur autant de continents que de supports différents.

La solution ? Certains envoient des lettres ouvertes à Atlus, d'autres préfèrent passer par Facebook. Après tout, qui peut prédire le destin de la saga ? Maintenant qu'il n'est plus question de « si » mais de « quand », peut-être qu'avec des ventes suffisantes, l'Europe pourrait être reconsidérée. En coulisse, on en doute au plus haut point, mais il n'est pas interdit d'espérer. Quant à imaginer une traduction systématique des produits Atlus, il y a un cratère que l'on ne franchira pas...

Et puis, avant de regarder avec envie nos voisins américains chez qui le titre est disponible depuis belle lurette, il faut aussi se rappeler qu'ils ne jouent pas à SMTIV pour « se relaxer » ou goûter à une aventure merveilleuse. Ils rament, ils crèvent, et ils se perdent dans les dédales d'une ville de Tokyo bordélique au possible. Seulement, derrière chaque Américain qui souffre, il y a aussi un Européen qui pleure.

Commentaires sur l'article

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clg123
Superbe article, étant un grand fan de la franchise "Shin Megami Tensei", je suis un peu déçu de la politique d'ATLUS pour l'Europe. On peut pas en vouloir non plus aux éditeurs français Ubisoft et Nintendo on essayés d’amener leurs jeux (pour Nintendo c'était Etrian Odissey, qui est proche des SMT ), ça s'est conclut en bide total alors qu'US ça fonctionnait un peu mieux.
J'ai acheté une 3DS US et SMT IV édition collector, j'attendais vraiment une bonne nouvelle pour l'Europe surtout que Nintendo avait annoncé le cross over avec Fire Emblem quoi de mieux de séduire les fans de FE en leur proposant une édition FR de SMT IV, j'espère quand même que la direction du cross over n'a pas changé et que ça ne se transforme pas en Fire Emblem X Shin Megami Tensei : Persona. Même si j'aime bien les Persona, je les trouves inférieurs de beaucoup à la série principale qui est d'une richesse folle.
Tehen
Magnifique. Merci pour ce très bel article. J'ai presque versé ma larme (d'Européen) à la fin.
Ça reprends bien les raisons de la frustration qu'on peut avoir en Europe et particulièrement en France depuis l'annonce du jeu dans un Nintendo Direct par Satoru Shibata, président de Nintendo Europe, en début 2013 et avec les faux espoirs de traduction donnés par Stephan Bole récemment.

Personnellement, je m'attendais même à une version collector comme au Japon ou aux US.
Depuis, j'ai commandé la version US pour les goodies (reçue normalement aujourd'hui :) ) et je prendrai la version dématérialisée Européene sur l'eshop Nintendo.
Troisième quart 2014, c'est maintenant. On peut peut-être encore espérer pouvoir emmener le jeu dans nos valise pour ces vacances d'été si il ne tarde pas trop. Je vérifie tout les jours :) . On croise les doigts.

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