A. Le secret : maîtriser le logiciel.
Yamauchi comprend mieux que quiconque l
'importance du logiciel : c'est lui la clé de voûte de tout le système. Il doit toutefois être suffisamment facile à programmer, et bénéficier de conditions de réalisation idéales dans un environnement qu'on pourrait qualifier d'idyllique. Le logiciel est la seule chose qui ne puisse pas être volée par les concurrents.
C'est pourquoi Yamauchi est en quête d'
artistes pour créer des jeux vidéo. Or, la situation socio-économique est telle au Japon qu'on est attaché à son entreprise à partir du moment où on y entre. La seule solution est alors de squatter les portails des universités pour y piocher les éléments d'exception dont on a besoin.
En 1984, Yamauchi se proclame
Directeur des développements de Recherche et de Développement de Nintendo, et dote cette nouvelle entité de moyens colossaux. Il faut bien que les profits amassés grâce à Donkey Kong (en arcade à ce moment là rappelons-le !) notamment... Il divise cette entité en
plusieurs unités, qu'il confie à ses principaux ingénieurs. A eux de faire en sorte que leur équipe propose là le meilleur jeu vidéo jamais paru, ici le meilleur circuit imprimé. En fin de parcours, c'est lui, le grand chef,
Mother Brain comme se complaisent à le surnommer certains, qui décide de ce qui sera commercialisé ou pas. Si certains "voient des gens qui sont morts" (cf le Sixième Sens avec Bruce Willis), Yamauchi voit quels sont les produits qui marcheront. C'est son sixième sens à lui.
Pour lui,
les ingénieurs sont la clé de la réussite, mais c'est lui qui reste maître des décisions. C'est efficace, mais c'est risqué : Yamauchi est connu pour être d'un
caractère très difficile, et un froncement de sourcil peut tuer un projet en gestation depuis des mois. Toutefois, Yamauchi n'est pas fou : il sait comment maintenir un
esprit de compétition entre les équipes, ainsi chacune a plus ou moins le même nombre de feux verts que les autres. Ca a au moins le mérite d'éviter la frustration, même si ce n'est pas toujours très juste. On comprend bien que le droit à l'erreur n'existe pas, surtout maintenant qu'un jeu coûte plusieurs millions de dollars de développement.