A. Une américanisation nécessaire...
Maintenant que Nintendo of America existe, que son développement est foudroyant grâce à la borne d'arcade Donkey Kong, il est temps de passer à la vitesse supérieure. C'est du moins ce dont est persuadé Hiroshi Yamauchi : va-t-il convaincre son gendre de lancer la Famicom aux USA ? Oui, bien sûr, mais ce qu'on ne sait souvent pas, c'est comment tout cela s'est passé !
1. 1984, une année très difficile...
1984 est une année noire.
Les vendeurs de jouets ne veulent plus entendre parler de jeux électroniques. Le jeu vidéo est désormais un
mot tabou qui fait peur. Pourtant, au Japon, la situation est complètement différente : mais en quoi un jeune Japonais est différent d'un jeune américain ? Nintendo va essayer de
comprendre ce qui a cloché et provoqué la perte du jeu vidéo. Il ressort de l'enquête menée que c'est surtout la
quantité de jeux nuls qui est fautive.

En
arcade, c'est simple : si le jeu ne plaît pas, on ne recommence pas après avoir inséré sa petite pièce de monnaie. Pour les jeux de salon, l'
investissement est plus conséquent, et quand on achète un, puis deux ou trois jeux nuls, on prend l'ensemble et on jette tout à la poubelle !!! Bref,
les jeux doivent être à la hauteur, et offrir un
vrai challenge intéressant aux joueurs.
Pour Arakawa, Nintendo a de
sérieux atouts pour ne pas reproduire cette erreur, notamment un jeu appelé
Super Mario Bros, et un autre appelé
The Legend of Zelda. Ces deux jeux ont tout pour séduire un
large public, encore faut-il que celui-ci ne réserve pas à la console le même accueil que les revendeurs qui avaient accepté de se confier à Nintendo !
2. Redéfinir la console pour les USA.
En effet, Nintendo soit faire en sorte que la Famicom ne soit
pas considérée comme un jouet. D'emblée, cela lui permettrait de ne pas être comparée às d'autres systèmes comme s'en dérassent Mattel ou Coleco. En n'étant pas un jouet, Nintendo s'affranchit aussi du paiement au 10 décembre qu'elle avait accepté contrainte et forcée les années auparavant. Et puis ainsi, Nintendo peut
vendre sa console là où on ne l'attend pas, comme les magasins d'électronique.
Pour que la Famicom ne soit pas considérée comme un jouet, il faut la doter de
périphériques. Cela constituerait un grand pas en avant, et ferait de la Famicom un système de
nouvelle génération. Avec son
clavier, les parents y verraient un
intérêt pédagogique dont se soucient peu les enfants, certes, mais jusqu'à preuve du contraire, les parents ont le dernier mot et, surtout, leur carte de crédit ! Pour donner à la Famicom son air "dans le vent", on lui donne une
nouvelle plastique, plus estétique. Avec sa petite
télécommande, son
pistoler laser, son clavier et son manche à balai,
l'Advanced Video System est prêt à conquérir l'Amérique !

Le redesign de la Famicom en AVS permet à Nintendo de
combler une lacune : le manque de sécurité. Quel désastre ce serait si les jeux étaient aussi piratés aux USA qu'ils l'étaient au Japon ! Les ingénieurs de Nintendo, au Japon, préparent un système plus sophistiqué, constitué d'une
puce de sécurité présente dans la console et dans chaque jeu. En fait, les deux puces se chantent une
chanson, et si l'une des deux chante faux, la Famicom se plante. Efficace, certes, un peu trop aux yeux des éditeurs qui penseront en découvrant le système que Nintendo veut ainsi faire en sorte que personne d'autre ne puisse fabriquer de cartouches. Ce système est bien entendu breveté et déposé par
Howard Lincoln.
3. L'Advanced Video System (CES Chicago, 1984).
Enfin, l'
AVS doit proposer des jeux, des vrais. Une
quarantaine de titres sont choisis à cet effet dans le vaste catalogue de la Famicom au Japon. Bref, toutes les conditions sont réunies pour que Nintendo présente enfin son AVS au public, lors du
CES de Chicago de Janvier 1984.
Nintendo fait en sorte que l'AVS soit considéré comme
"le" système que les Américains attendaient. Le joli stand préparé par Don James est couvert de dépliants aux titres accrocheurs : "L'évolution de l'espèce a aujourd'hui atteint son sommet", "90% du marché japonais refuse tout autre système. Bienvenue dans ce qui va faire les beaux jours du jeu vidéo aux USA"... Mais même si plusieurs visiteurs sont intéressés,
aucun ne veut prendre de risque, et donc aucun n'achète. Le
souvenir d'Atari est encore frais dans les esprits. L'AVS est malgré son clavier (peu apprécié d'ailleurs !) considéré comme une
console, dont Atari est le symbole par excellence en cette année post-crise...
Nintendo doit tout repenser depuis le début et proposer une nouvelle copie au monde.