Partie 1 : Quand Nintendo s’endort sur l’Europe
Vous l’aurez sûrement déjà constaté, ce Noël 2001 français restera tristement dans les annales comme étant celui où Nintendo aura été le plus calme, quasiment aucun jeu ne viendra célébrer la fin d’année 2001. C’est la première fois depuis la sortie de la Nintendo 64 que Nintendo ne sortira pas de hit absolu aux fêtes de Noël en France.
La Nintendo 64 est sortie en France en Septembre 1997, avec
Mario 64, Mario Kart 64, Wave Race 64 et pas mal d’autres titres, quasiment
tous intéressants. Décembre 1997 était donc une date où Nintendo se devait
d’être présent, pour prouver, 2 mois après la sortie française de sa
nouvelle console de salon, que son poulain était bien à la hauteur des espérances.
Nintendo sort ainsi Goldeneye et Diddy Kong Racing (développés par Rare) pour
vider les porte-feuilles de nombreux acheteurs. C’est un des Noël les plus
marquants de ces dernières années, car l’engouement qui a entouré la sortie
de Goldeneye a réellement été exceptionnel.
Nintendo s’était fait un devoir de réitérer
l’exploit en 1998. La firme au plombier a donc sorti, en Novembre 1998, F-Zero
X et 1080° Snowboarding, qui ne trouveront pas le public escompté, malgré les
publicités intensives effectuées via la presse spécialisée et la télévision.
C’est de la sortie de Zelda 64 : Ocarina of Time, en décembre, que
viendra le salut pour Noël 1998. Le jeu aura été suivi par une couverture médiatique
unique, dont le slogan marquait fortement les esprits : " Il vous a
manqué ? Zelda est de retour. Oyé, Oyé braves chevaliers :
harnachez votre destrier, briquez votre armure et aiguisez votre épée, Zelda
arrive dans vos chaumières. Il a mis deux ans pour revenir, vous allez mettre
deux ans pour vous en remettre ". Le budget publicité de Zelda fut de 40
millions de francs de novembre 1998 à avril 1999, ce qui constituait pour l’époque
une somme jamais atteinte pour promouvoir un jeu.
Le problème, c’est que la presse française se rend peu
à peu compte que la Nintendo 64 n’aura pas un destin aussi glorieux qu’on
lui avait prédit. Nintendo passe alors au cours de l’année 1999, dans une période
où les sorties de jeux sont bien rares. Big N re- capitalise sur ses acquis en
sortant une publicité basée sur les résultats de l’E3 1999 et diffusée dès
juin, où Zelda 64 fut 4 fois primé. Nintendo reçu 7 Interactive Achievement
Awards sur les 8 trophées mis en jeu. S’en suivait le slogan : " Vieille
Lourde Grosse Laide… Et alors ? ". L’appel à la clientèle reste
sans réponse et la Nintendo 64 continue à se faire distancer par la
Playstation.
Noël 1999 marque le réveil très bref de Nintendo, qui
voit sa Nintendo 64 se remplir de jeux à fort potentiel pour Noël :
Rayman 2, Mario Golf, Jet Force Gemini, Donkey Kong 64. Les directeurs marketing
de l’époque déclaraient même dans le numéro 91 de Joypad : " Nous
pensons qu’essayer de conquérir des joueurs plus jeunes non réfractaires à
l’univers Nintendo est une stratégie plus intelligente que d’aller
affronter nos collègues sur des terrains de communication où nous avons peu de
légitimité ".
Ce brusque réveil est marqué par une campagne marketing
très forte, qui avait déjà débuté en septembre avec l’invasion Pokémon
(" Tenez –vous prêts à les attraper tous sur Game Boy le 8 Octobre ",
ou encore "Pokémon…soupçonné d’envahir le territoire le 8 Octobre ").
En effet, pour Pokémon, de août 1999 à mars 2000, l’investissement est de
50 millions de francs. Pour Donkey Kong 64, de novembre 1999 à janvier 2000, il
sera de 26 millions de francs. Les directeurs marketing de Nintendo renchérissaient :" ce qui différencie Sega et Sony de Nintendo, sur la façon de promouvoir une marque ou un titre, c’est que Sega, avec ses jeux de baston et
de course, s’adresse à une cible plus âgée, et que Sony fait de
l’occupation de terrain et de la présence à l’esprit avant de sortir ses
hits ".
On sait aujourd’hui combien l’extrémisme de cette stratégie
aura valu à Nintendo de se faire cataloguer comme " éditeur pour gamins ".
Aujourd’hui, Nintendo essaie de se défaire tant bien que mal de se défaire
de cette étiquette, mais n’est pour l’instant pas parvenu à ses fins.
L’année 2000 a été relativement plate concernant la
Nintendo 64, mis à part la sortie un peu décevante, bien que très médiatisée,
de Perfect Dark en juillet 2000 ; la Game Boy surfant quant à elle
toujours sur la vague Pokémon, ce qui permet à Nintendo d’être omniprésent
tous les mois.
Nintendo mise alors encore une fois sur Noël 2000, ils
sortent Mario Tennis et Zelda Majora’s Mask
pour essayer de revitaliser la Nintendo 64, mais la sauce ne prend pas
aussi bien qu’escomptée. Il faut dire que Nintendo fait rêver le monde
entier depuis octobre au Nintendo Space
World avec les annonces en grande pompes de la Gamecube et de la Game Goy
Advance.
Le monde commence à oublier que la Nintendo 64 existe…L’année
2001 est un passage à vide assez douloureux, avec, malgré tout, les sorties très
remarquées de Banjo-Tooïe (en mars) et de Conker’ Bad Fur Day (en mai), tous
deux encensés par la presse et le public. Depuis mai, l’univers Nintendo
repose sur la Game Boy Color et le phénomène Pokémon Or et Argent, récemment
relayés par la Game Boy Advance, mais aussi par les annonces faites au sujet de
la Gamecube. Mario Paper, Pokémon Stadium 2 et Mario Party 3 n’y pourront
rien, la Nintendo 64 a vécu, et le jeu vidéo dans son ensemble est passé à
la vitesse supérieure.
On pourra remarquer la publicité omniprésente dans la
presse française ce mois-ci montrant Mario et Luigi affublés du titre :
" Mario vous dit au revoir sur Nintendo 64 avec Mario Party 3. Luigi vous
dit à bientôt sur Nintendo Gamecube avec Luigi’s Mansion ". C’est étonnant
combien cette pub, malgré son parfum enfantin, laisse un goût amer. On se rend
compte du grand passage à vide que nous allons traverser en Europe jusqu’à
la sortie de la Gamecube dont on ne connaît toujours pas la date précise, et
que Nintendo considère toujours le vieux continent comme la 5ème
roue du carosse, alors que nous sommes en passe de devenir la plaque tournante,
c’est à dire, le marché où se vendent le plus les jeux vidéo…